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08/03/2011

Côte d'Ivoire : à grands pas vers la guerre civile * Par Sabine Cessou

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Dans un rapport publié le 23 février, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch s'alarme d'une "escalade vers un conflit de grande ampleur". Les exactions commises par les Forces de sécurité (FDS) fidèles à Laurent Gbagbo vont en s'aggravant. Alors que le bilan officiel des Nations unies fait état de 300 morts depuis la mi-décembre, au moins 11 personnes ont été tuées depuis le 19 février, selon Human Rights Watch. Il s'agit de manifestants, de passants, mais aussi de civils blessés par balles enlevés par des militaires le 8 février à l'hôpital Houphouët-Boigny, dans le quartier d'Abobo, considéré comme un fief d'Alassane Ouattrara. Les corps de trois de ces blessés ont ensuite été retrouvés par les familles dans des morgues locales.




Ces dernières semaines, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles dans la foule, et se sont servies de grenades à fragmentation et de grenades tirées avec des lance-roquettes contre des manifestants, notamment à Treichville, un autre quartier d'Abidjan.

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Human Rights Watch s'inquiète aussi du réarmement des Forces nouvelles (FN), l'ancienne rébellion nordiste en pleine remobilisation. Le meurtre d’au moins trois membres des forces de sécurité pro-Gbagbo, retrouvés le 8 février la gorge tranchée dans les rues de PK-18, un quartier d'Abobo, serait le fait de jeunes militants du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Un journaliste local a identifié l’une des victimes comme étant le Caporal-chef Dago Séri, de la Garde républicaine.

"La seule ville d’Abidjan fourmille de centaines de nouvelles recrues, notamment des miliciens pro-Gbagbo entraînés dans les quartiers de Yopougon, d’Abobo et de Port Bouët", constate Human Rights Watch. "Plusieurs habitants de ce quartier ont expliqué qu’ils étaient régulièrement victimes d’actes d’intimidation et de harcèlement de la part d’un groupe d’environ 150 jeunes qui font partie d’une milice armée basée dans un dortoir universitaire du quartier. Les habitants ont décrit la façon dont les jeunes, nombre d’entre eux armés de pistolets, d’armes automatiques et de machettes, harcèlent, menacent et parfois même attaquent les membres de la diaspora ouest-africaine qui y vivent."

Des soldats des Forces Nouvelles se sont livrés à des actes d’intimidation et de violence contre les partisans de Gbagbo dans le nord du pays, "mais sans commune mesure avec les violences commises par les forces pro-Gbagbo à Abidjan", note Human Rights Watch. Conclusion alarmante : "Le conflit pourrait aisément se propager à la région environnante, en raison d'un recrutement persistant de mercenaires au Libéria par les forces de sécurité fidèles à Gbagbo", notamment dans les villes de Monrovia, Zwedru et Buchanan.

© Reuters / Manifestants à Abobo le 19 février. En bas : Des habitants d'Abobo fuient leur quartier, le 24 février.

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