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19/12/2010

La Côte d'Ivoire Dans la tête de Laurent Gbagbo

L’ex-président ivoirien n’a jamais envisagé sa défaite. Battu dans les urnes, dos au mur, il s’est retrouvé sans plan B. Si ce n’est le passage en force. Récit exclusif.

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Les hommes de pouvoir n’ont de secrets ni pour leur valet de chambre ni pour leur graphologue. Ceux qui pensaient que Laurent Gbagbo allait se soumettre au verdict des urnes et qui s’étonnent de le voir, quinze jours plus tard, vissé à son fauteuil présidentiel comme une huître à son rocher, submergé par la marée des condamnations internationales, en seraient moins surpris s’ils avaient en tête cette analyse graphologique, réalisée il y a quatre ans sur la base d’un manuscrit échappé du Palais de Cocody. Il y est question d’un homme qui « s’identifie complètement à son personnage sans se dévoiler pour autant à titre personnel », qui répond au doute par « l’attaque » et « l’orgueil », sur qui « l’affectif et la sensibilité n’ont pas de prise », qui ne « s’avoue jamais vaincu », qui « joue sur son autoritarisme et son besoin de puissance », dont l’ego et la détermination composent « une personnalité de style paranoïaque » avec un mode de conduite à la fois profondément structuré et définitivement inamovible. Se ment-il à lui-même, lui qui entretient avec la vérité des rapports fluctuants maintes fois dénoncés par ses adversaires et partenaires ? Rien n’est moins sûr. Mais, même s’il sait que ses probabilités de survie au pouvoir sont à terme totalement hypothétiques, cette posture de « Gbagbo contre le monde entier » est sans doute celle où il puise le plus de ressources intimes.

Dos au mur réapparaît alors Gbagbo le Bété, héritier de six siècles d’enracinement en terre d’Éburnie et d’une longue histoire de résistance minoritaire à la conquête puis à l’occupation coloniale françaises. Gbagbo l’opposant, persuadé d’incarner un « nouvel ordre » et la seconde indépendance, la seule vraie, de la Côte d’Ivoire. Gbagbo le nationaliste, contraint comme il le dit de « faire la révolution de 1789 sous le contrôle d’Amnesty International » et qui, face aux « candidats de l’étranger », aux blindés blancs de l’ONU et aux injonctions de la communauté internationale, clame que son pays « n’est pas recolonisable ». Réapparaît « Seplou », son surnom du village, l’oiseau qui avertit du danger et annonce la guerre. Comme Robert Mugabe, comme la plupart des chefs d’État quand ils sont confrontés aux diktats politiques, économiques ou judiciaires du Nord – Cour pénale internationale, critères démocratiques de la bonne gouvernance, biens mal acquis… –, Laurent Gbagbo joue donc, mi-sincère mi-calculateur, sur le registre d’un patriotisme afrocentriste qui est loin d’être obsolète auprès d’une partie de l’opinion continentale. Le problème évidemment est que plus d’un Ivoirien sur deux ne se reconnaît pas dans cette démarche, que même s’il ne s’y est résigné qu’à contrecœur, il a bien accepté que cette élection se tienne sous étroite observation extérieure, et que la Commission électorale indépendante (CEI), dont il prévoyait à l’avance qu’elle avaliserait une mesure « inévitable » mais néanmoins « acceptable » de fraudes, en dise les résultats. Le problème enfin est qu’en cas de défaite, inenvisageable à ses yeux tant cette humiliation lui est insupportable, le phacochère blessé qu’il est devenu n’a jamais eu d’autre plan B à sa disposition que le passage en force.

Soure: Jeune Afrique

15/12/2010

WikiLeaks : Gbagbo, ses ratés et ses bluffs


En plus des pressions de la communauté internationale qui l’invite à céder le pouvoir à Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo devra endurer les révélations de WikiLeaks sur sa personnalité et son maigre poids politique.

Ainsi, en 2009, l'ambassade des États-Unis à Abidjan (Côte d'Ivoire) laissait clairement entendre que Laurent Gbagbo n'organiserait pas les élections s'il n'était pas sûr de les gagner.

Dans un mémo daté du 2 juillet 2009 et envoyé à Washington sous le titre : « Les élections en Côte d'Ivoire : le mythe et la réalité », Wanda Nesbitt, alors ambassadrice, considérait le Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo comme la «troisième» formation du pays, associée à un groupe ethnique « minoritaire », les Bétés.

« Pour gagner une élection présidentielle, indiquait-elle dans sa correspondance, le FPI a besoin de s'allier avec l'un des deux autres grands partis », tous deux menés par les principaux rivaux de Laurent Gbagbo. D’où les tentatives infructueuses de rapprochement avec le Rassemblement des républicains (RDR) d'Alassane Ouattara, amorcés dès 2007, à en croire la diplomate.

Face à cet échec, Laurent Gbagbo se serait résolu à envisager un duel électoral avec Ouattara. Selon Wanda Nesbitt, il était persuadé, proximité ethnique oblige, que les électeurs du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), de l’ancien président Henri Konan Bédié se rallieraient à sa cause plutôt qu'à celle des «Nordistes» du RDR. Peine perdue : les télégrammes américains mettent en lumière toute l'importance du report effectif des voix des partisans de Bédié vers Ouattara, signant ainsi la fin de « l'ivoirité ».

L’infréquentable Charles Blé Goudé

Les faits donnent également raison aux diplomates américains, qui ont très tôt cerné la nature des relations entre Laurent Gbagbo et le très controversé Charles Blé Goudé, récemment promu ministre de la Jeunesse et de l’Emploi. « Le président Gbagbo a fait des demandes répétées aux Nations unies pour qu'elles lèvent les sanctions contre Blé Goudé », notent les diplomates américains. Ils se désolent de voir que le leader des patriotes semble être « préparé [par Gbagbo] pour de futures responsabilités au sein du parti et/ou dans le gouvernement au lieu que soient prises des distances avec une personne faisant l'objet de sanction des Nations unies et qui demeure une personnalité source de divisions dans son pays ». ... suite de l'article sur Jeune Afrique
Source Abidjan.net
http://news.abidjan.net/h/383454.html

L'épreuve de force se durcit entre Gbagbo et Ouattara

Côte d'Ivoire : l'épreuve de force se durcit entre Gbagbo et Ouattara

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En Côte d'Ivoire, le camp d'Alassane Ouattara a appelé ses partisans à marcher le jeudi 16 décembre sur la RTI radio-télévision d'Etat pour y placer un nouveau directeur général et à l'aider ensuite, le lendemain à prendre le contrôle du siège du gouvernement pour y installer Guillaume Soro et ses ministres. A Abidjan, Laurent Gbagbo et ses partisans qui tiennent toujours les leviers du pouvoir sur le plan intérieur, annoncent une nouvelle médiation africaine pour tenter de régler la crise institutionnelle. De son côté, l'UE, a annoncé des sanctions à l'encontre de certains proches du président sortant.

Côte d`Ivoire: crainte de violences à Abidjan

L`appel à la rue lancé par le camp d`Alassane Ouattara pour prendre jeudi la télévision publique

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ABIDJAN, 15 déc 2010 (AFP) - L`appel à la rue lancé par le camp d`Alassane
Ouattara pour prendre jeudi et vendredi télévision publique et siège du
gouvernement à Abidjan, actuellement contrôlés par les partisans de son rival
Laurent Gbagbo, faisait craindre de violents affrontements à Abidjan.
Dans le quartier d`Abobo, qui a voté à une écrasante majorité pour
Alassane Ouattara, un journaliste de l`AFP a constaté un déploiement très
visible des forces de l`ordre (policiers, gendarmes et militaires), présentes
devant la mairie et aux principaux carrefours.
Sur le marché, un homme muni d`un mégaphone lit les journaux à une
soixantaine de personnes en malinké, une des langues parlées dans le nord de
la Côte d`Ivoire, fief d`Alassane Ouattara, déclaré vainqueur par la
Commission électorale et reconnu par presque toute la communauté
internationale.
Un habitant du quartier, Bakary Koné, 50 ans, prévoit que jeudi et
vendredi, "la mobilisation va être totale. On avait décidé d`aller dormir à la
RTI (radio télévision publique) ce soir mais nous attendons le mot d`ordre"
de Guillamue Soro. "Ou bien on se décourage et Gbagbo reste là pour toujours,
ou on se mobilise pour le faire partir".
Devant la RTI, aucun renfort particulier n`avait été envoyé mercredi, a
constaté l`AFP, mais la route qui passe devant les locaux, gardés par des
gendarmes, reste comme à l`habitude fermée à la circulation routière.
La RTI, média essentiel du pouvoir à Abidjan, est actuellement totalement
sous la coupe du camp de Laurent Gbagbo, proclamé vainqueur de la
présidentielle du 28 novembre par le Conseil constitutionnel.
Plus une seule voix du camp d`Alassane Ouattara n`est autorisée à s`y
exprimer depuis début décembre.
Le Premier ministre de Ouattara, Guillaume Soro, veut donc s`y rendre avec
ministres et partisans pour installer un nouveau directeur général, avec
l`intention d`aller ensuite prendre possession vendredi des locaux officiels
du gouvernement, occupés par le Premier ministre de Gbagbo, Aké N`Gbo.
Deux tentatives extrêmement risquées pouvant aboutir à des affrontenments
violents entre partisans des deux camps.
L`appel des partis et mouvements soutenant Ouattara à accompagner en grand
nombre Guillaume Soro était relayée mercredi par la presse qui les soutient:
"Jeudi, le jour J, tous dans la rue pour libérer la RTI", titrait l`un d`eux,
Le Patriote.
C`est à la veille de la marche sur la RTI que Charles Blé Goudé, fer de
lance des manifestations anti-françaises de 2003 et 2004 à Abidjan avec ses
"Jeunes patriotes" - fervents partisans de Laurent Gbagbo - a choisi de
rencontrer des jeunes dans le quartier de Treichville à Abidjan.
Quelque 2.000 jeunes étaient rassemblés à la maison de la culture du
quartier pour l`entendre expliquer la politique qu`il entend mener comme
nouveau ministre de la Jeunesse et de l`emploi du gouvernement Gbagbo.
Mardi soir à la RTI, il avait affirmé qu`il ne se trouvait pas "dans une
logique belliqueuse".

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14/12/2010

Lettre à son ami Pablo : Paul Yao Ndre

Une lettre VENANCE KONAN à son amie Paul Yao N'dre président de la cour constitutionnelle de Côte d'Ivoire

Mon cher Pablo. En t’écrivant cette lettre ouverte, je nous revois ensemble, à Nice, où nous avions terminé nos études de droit. Tu y étais avant moi, et tu as terminé avant moi. Tu étais le grand frère cool, sympa, qui rendait service à tous ses petits frères que nous étions, le plus branché des étudiants ivoiriens sur la Côte d’Azur. Tu te souviens des cours de rock que tu nous donnais ? Tu étais aussi le plus doué en droit de ta génération. Je me souviens parfaitement de ta soutenance de thèse. Elle fut brillante. Oh, tu ne nous cachais pas ton aversion pour le régime d’Houphouët-Boigny, et nous étions tous dans le même état d’esprit. C’était dans l’air du temps. Tu étais l’un des premiers militants du FPI encore dans la clandestinité. Tu l’es resté lorsqu’il a été légalisé. Tu es rentré au pays avant nous, pour enseigner à l’université. Et je ne fus pas du tout surpris de la suite de ta carrière universitaire. Lorsque je suis rentré, j’ai choisi d’être journaliste. Mais nous avions gardé les meilleures relations. Je nous revois encore à cette fête que j’avais organisée dans mon appartement de Williamsville, où tous les « anciens Niçois » que nous étions s’étaient retrouvés. Elle fut belle. Et lorsque, beaucoup plus tard, tu fus nommé à la tête du Conseil Constitutionnel, je dis à tous mes interlocuteurs que sur le plan de la compétence, et de la rigueur intellectuelle, tu étais inattaquable.

Le vendredi 3 décembre 2010, l’histoire t’a mis face à tes responsabilités. Des amis et moi avions fait le pari qu’en ce moment crucial pour notre pays, l’intellectuel, le scientifique, prévaudrait sur le militant. Nous avons perdu. Quelle tragédie pour nous tes amis, Pablo ! Ce n’est pas l’ancien apprenti juriste que je suis resté qui te dira, à toi, le maître, notre droit positif, dont tu as la garde. Ce droit dit que si les résultats sont contestés dans une région et qu’ils sont de nature à entacher l’ensemble du scrutin, on annule l’élection et on le reprend dans 45 jours. Tu as contesté les résultats de sept régions, ce qui a abouti selon toi, à inverser le résultat final. Selon donc le droit dont tu as la garde, tu aurais dû dire que l’on reprenait l’élection dans 45 jours. Mais, Pablo, sur quoi t’es-tu basé pour procéder à ces annulations ? D’abord, en te précipitant sur le plateau de la télévision dès la proclamation des résultats par le président de la CEI, ne t’es-tu pas comporté plus en militant qu’en président du Conseil des sages ? Mais après, si tant est que ces résultats devaient être annulés, pourquoi n’as-tu pas appliqué le droit qui te demandait de prononcer l’annulation pure et simple de l’élection et leur reprise dans 45 jours ? Mais surtout, Pablo, sur quoi t’es-tu basé pour prononcer ces annulations, lorsque les préfets de ces régions, représentants de l’Etat, les observateurs de la communauté internationale, l’ONU, dont nous avons tous accepté au préalable le rôle de certificateur, ont tous produit des rapports attestant que s’il y a eu des incidents, ceux-ci n’étaient pas de nature à entacher le résultat des votes ? Tu avais une semaine, selon la loi dont tu es le gardien, pour examiner sereinement tous les 22000 PV. Tu veux nous faire croire, Pablo, que tu as fait tout cela en une journée ? Pablo, Pablo ! Le plus grave, c’est que, même en retirant les votes que tu as invalidés, Ouattara restait le gagnant avec un peu plus de 50%. Nous avons tous sorti nos calculettes et c’est clair. Et c’est bien ce que M. Choi avait dit. Où as-tu acheté ta machine à calculer, Pablo ? Méfie-toi des produits chinois. Tous les lecteurs de cet article peuvent à leur tour sortir leurs machines à calculer.

Pablo ! Tu avais le rôle historique de faire entrer notre pays dans une nouvelle ère, celle de la paix et de la réconciliation retrouvée. Tu as choisi de défendre le clan contre tout le reste de la Côte d’ivoire, contre le monde entier. Quelle tristesse ! Aujourd’hui, notre pays est au bord du chaos, par ta faute, Pablo. Aucun argument juridique que tu avanceras ne résiste à l’analyse. Notre droit ne t’autorisait pas à tordre son cou. La constitution te donnait le dernier mot. Mais tu sembles avoir oublié que c’est nous, Ivoiriens, Laurent Gbagbo en tête, qui avons accepté, justement parce que nous n’avions pas confiance en nos propres institutions, que l’ONU certifie en fin de parcours les résultats de notre élection. Tu sais bien, toi le grand juriste, que les accords particuliers prévalent sur le droit général. C’est bien pour cette raison que le Conseil constitutionnel que tu présides ne s’est pas prononcé sur les candidatures de Bédié et de Ouattara qui ne respectaient pas la constitution au sens strict. Nous avons accepté que M. Choi certifie les résultats du premier tour. Pourquoi ne pourrait-il plus certifier ceux du second tour ? Alors, que nous chantes-tu là, Pablo ?

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10/12/2010

Média étrangers interdits d’émettre à Abidjan

De la censure à l'autocensure dans les médias
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L’annonce a été faite le jeudi soir même suite de la proclamation des résultats provisoire par le président de la CEI à l'Hôtel du golf, aux alentours de 20h30, par le Conseil ivoirien de la communication audiovisuelle : les émetteurs radio et télé des médias étrangers sont coupés à Abidjan, jusqu’à nouvel ordre.

C’est une vieille recette : on bloque l’information étrangère, pour mieux contrôler l’info « autorisée », fabriquée sous l’œil du pouvoir.
Depuis des lustres, les régimes autoritaires sont passés maîtres en la matière, et RFI, très écoutée en Afrique, n’en est pas, loin s’en faut, à sa première coupure : au milieu des années 2000, la radio avait même été interdite de FM à Abidjan pendant plus de deux ans !

Reste que ce qui se passe depuis quelques heures suscite des inquiétudes très particulières. D’abord, à cause de l’histoire douloureuse entre la station et le pays : en 2003, à Abidjan justement, le correspondant de RFI avait été exécuté d’une balle en pleine tête par un policier ivoirien ; au delà de l’électrochoc au sein de la rédaction, cet assassinat avait marqué de façon dramatique la déliquescence des relations entre la Côte d’Ivoire et la France.
– Les journalistes étant subitement considérés non plus comme des passeurs d’informations, mais comme des gêneurs, ou des relais de l’ancienne puissance coloniale.
- L’année suivante, le journaliste indépendant Guy-André Kieffer avait été enlevé par des hommes en armes – on n’a jamais retrouvé sa trace. Et, il y a une quinzaine de jours, un autre journaliste français du site www.koaci.com a été roué de coups par des partisans du Nationaliste.

D’ailleurs, cette fois, ce n’est pas seulement RFI qui est privée de diffusion, mais tous les médias internationaux, type TV5 ou France 24 la BBC même si, dans les faits, de par son audience considérable (34 % à Abidjan, 39 % sur l’ensemble du pays), la radio reste évidemment la première visée par la censure… « Lors de la dernière grande coupure d’émetteur, nous avions largement basculé sur les ondes courtes », explique la directrice déléguée de RFI, Geneviève Goetzinger.

Mais cette fois, Internet pourra-t-il prendre le relais ?