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14/12/2010

Lettre à son ami Pablo : Paul Yao Ndre

Une lettre VENANCE KONAN à son amie Paul Yao N'dre président de la cour constitutionnelle de Côte d'Ivoire

Mon cher Pablo. En t’écrivant cette lettre ouverte, je nous revois ensemble, à Nice, où nous avions terminé nos études de droit. Tu y étais avant moi, et tu as terminé avant moi. Tu étais le grand frère cool, sympa, qui rendait service à tous ses petits frères que nous étions, le plus branché des étudiants ivoiriens sur la Côte d’Azur. Tu te souviens des cours de rock que tu nous donnais ? Tu étais aussi le plus doué en droit de ta génération. Je me souviens parfaitement de ta soutenance de thèse. Elle fut brillante. Oh, tu ne nous cachais pas ton aversion pour le régime d’Houphouët-Boigny, et nous étions tous dans le même état d’esprit. C’était dans l’air du temps. Tu étais l’un des premiers militants du FPI encore dans la clandestinité. Tu l’es resté lorsqu’il a été légalisé. Tu es rentré au pays avant nous, pour enseigner à l’université. Et je ne fus pas du tout surpris de la suite de ta carrière universitaire. Lorsque je suis rentré, j’ai choisi d’être journaliste. Mais nous avions gardé les meilleures relations. Je nous revois encore à cette fête que j’avais organisée dans mon appartement de Williamsville, où tous les « anciens Niçois » que nous étions s’étaient retrouvés. Elle fut belle. Et lorsque, beaucoup plus tard, tu fus nommé à la tête du Conseil Constitutionnel, je dis à tous mes interlocuteurs que sur le plan de la compétence, et de la rigueur intellectuelle, tu étais inattaquable.

Le vendredi 3 décembre 2010, l’histoire t’a mis face à tes responsabilités. Des amis et moi avions fait le pari qu’en ce moment crucial pour notre pays, l’intellectuel, le scientifique, prévaudrait sur le militant. Nous avons perdu. Quelle tragédie pour nous tes amis, Pablo ! Ce n’est pas l’ancien apprenti juriste que je suis resté qui te dira, à toi, le maître, notre droit positif, dont tu as la garde. Ce droit dit que si les résultats sont contestés dans une région et qu’ils sont de nature à entacher l’ensemble du scrutin, on annule l’élection et on le reprend dans 45 jours. Tu as contesté les résultats de sept régions, ce qui a abouti selon toi, à inverser le résultat final. Selon donc le droit dont tu as la garde, tu aurais dû dire que l’on reprenait l’élection dans 45 jours. Mais, Pablo, sur quoi t’es-tu basé pour procéder à ces annulations ? D’abord, en te précipitant sur le plateau de la télévision dès la proclamation des résultats par le président de la CEI, ne t’es-tu pas comporté plus en militant qu’en président du Conseil des sages ? Mais après, si tant est que ces résultats devaient être annulés, pourquoi n’as-tu pas appliqué le droit qui te demandait de prononcer l’annulation pure et simple de l’élection et leur reprise dans 45 jours ? Mais surtout, Pablo, sur quoi t’es-tu basé pour prononcer ces annulations, lorsque les préfets de ces régions, représentants de l’Etat, les observateurs de la communauté internationale, l’ONU, dont nous avons tous accepté au préalable le rôle de certificateur, ont tous produit des rapports attestant que s’il y a eu des incidents, ceux-ci n’étaient pas de nature à entacher le résultat des votes ? Tu avais une semaine, selon la loi dont tu es le gardien, pour examiner sereinement tous les 22000 PV. Tu veux nous faire croire, Pablo, que tu as fait tout cela en une journée ? Pablo, Pablo ! Le plus grave, c’est que, même en retirant les votes que tu as invalidés, Ouattara restait le gagnant avec un peu plus de 50%. Nous avons tous sorti nos calculettes et c’est clair. Et c’est bien ce que M. Choi avait dit. Où as-tu acheté ta machine à calculer, Pablo ? Méfie-toi des produits chinois. Tous les lecteurs de cet article peuvent à leur tour sortir leurs machines à calculer.

Pablo ! Tu avais le rôle historique de faire entrer notre pays dans une nouvelle ère, celle de la paix et de la réconciliation retrouvée. Tu as choisi de défendre le clan contre tout le reste de la Côte d’ivoire, contre le monde entier. Quelle tristesse ! Aujourd’hui, notre pays est au bord du chaos, par ta faute, Pablo. Aucun argument juridique que tu avanceras ne résiste à l’analyse. Notre droit ne t’autorisait pas à tordre son cou. La constitution te donnait le dernier mot. Mais tu sembles avoir oublié que c’est nous, Ivoiriens, Laurent Gbagbo en tête, qui avons accepté, justement parce que nous n’avions pas confiance en nos propres institutions, que l’ONU certifie en fin de parcours les résultats de notre élection. Tu sais bien, toi le grand juriste, que les accords particuliers prévalent sur le droit général. C’est bien pour cette raison que le Conseil constitutionnel que tu présides ne s’est pas prononcé sur les candidatures de Bédié et de Ouattara qui ne respectaient pas la constitution au sens strict. Nous avons accepté que M. Choi certifie les résultats du premier tour. Pourquoi ne pourrait-il plus certifier ceux du second tour ? Alors, que nous chantes-tu là, Pablo ?

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